1926 - 1984 : une lettre

Mémoires de 1926

J'étais une enfant de douze ans durant la grève des mines de 1926 en Angleterre. Je me rappelle, de manière vivante, les soupes collectives où nous devions faire la queue avec une bassine ou un seau pour un peu de soupe gratuite et une grosse tranche de pain de trois pouces d'épaisseur. Je détestais devoir faire ça. On se sentait dégradé et avions un horrible sentiment d'humiliation. Mes deux frères et moi devions marcher pendant trois miles pour aller à l'école et, chaque matin, on nous appelait dans l'arrière cour d'un bar pour nous donner, en guise de déjeuner, une tasse de cacao et un morceau de pain beurré avec parfois de la confiture. À l'école on nous donna des chaussures, des choses dures et inconfortables, le même modèle pour les garçons comme pour les filles. Mes pauvres talons étaient complètement endoloris avec ces horribles choses.

Vint le temps où l'on piquait du charbon aux flancs des terrils, dans la crainte d'être pris soit par la police, soit par les responsables du puit. Je me rappelle d'un jour où ma mère et moi poussions une vieille carriole pleine de charbon que nous avions gratté du crassier ; nous vîmes le responsable du puit marchant vers nous, ma pauvre vieille mère allait vaciller de terreur, mais heureusement, il dit simplement : « ça va, vous pouvez passer », ce fut une grande délivrance.

Je me rappelle ces odieuses scènes lorsque les blacklegs étaient escortés et encadrés par devant, par derrière et sur les côtés par la police en uniforme pour aller et revenir du travail. Les bouh ! et les moqueries qui éclataient quand ces hommes étaient escortés le long du chemin menant au puit vous auraient crevé les tympans. Pour rien au monde je n'aurais aimé être dans leurs godasses. Ils n'eurent rien d'autre que mépris et se trouvèrent isolés pour le restant de leur vie.

Après tous ces mois de grève et toute la misère que nous avions subie ; nos pères et nos frères réduits à la famine, reprirent le travail pour moins d'argent, même, qu'avant la grève. Les années de pauvreté et de dettes qui suivirent furent très dures à supporter. Ce ne fut que lorsque le Grand État-major réalisa que la deuxième guerre mondiale allait éclater que les mineurs redevinrent important. On avait trop besoin d'eux pour l'effort de guerre. Ils n'étaient plus les « vers de terre » comme les appela Lady Astor du parti Tory. Aussi, si les mineurs sont maintenant appelés militant, rappelons-nous que cela leur vient du temps où les mines étaient sous propriété privée. Ces souvenirs, je les ai racontés en détail à mes cinq fils mineurs, et nous pouvons maintenant comparer ces jours de 1926 avec la grève actuelle qui se poursuit dans les houillères en 1984.

Le combat des mineurs de 1984

La grève actuelle dans les houillères britanniques a maintenant atteint sa trente-quatrième semaine. Je veux, tout d'abord, vous dire que ces grèves âpres se produisent toujours sous des gouvernements capitalistes conservateurs ; comme celui que nous avons, aujourd'hui, en Angleterre. Ils voulaient cette grève, d'abord pour briser le plus grand de tous les syndicats, l'union nationale des mineurs, pour ensuite détruire les syndicats dans leur ensemble. Ils menacèrent en premier un puit du Yorkshire : Cortonwood... Après avoir dit aux mineurs qu'ils avaient du travail pour cinq ans dans ce puit, ils changèrent soudainement et dirent que le travail devait s'arrêter dans cinq semaines. L'ensemble du Yorkshire vota avec ses pieds et débraya en solidarité. Peu à peu les autres régions débrayèrent comme le Pays de Galles et l'Écosse. Les mineurs de Nottingham n'ont jamais supportés les autres mineurs, ils continuèrent le travail, et le gouvernement, pour être sûr d'avoir des réserves de charbon, investit la région, fit en sorte qu'aucun autre mineur ne puisse les approcher pour les persuader de rejoindre leur lutte et pour sauver toutes nos mines, nos emplois et nos communautés.

Il mit alors en place un État policier. Policiers bien équipés de bâtons, matraques et boucliers anti-émeutes qu'ils utilisent contre nos pickets. Nos hommes furent salement frappés aux piquets de grève, même des femmes ont été blessées, ils n'ont de pitié pour personne. Cinq de nos pickets ont été tués et 200 grièvement blessés. Ils ont mis en place des barrages routiers. Aucun mineur n'est libre de voyager là où il veut ; sa voiture ou sa camionnette est arrêtée s'il refuse de faire demi-tour, il est éjecté de celle-ci, frappé, jeté dans une cellule. Là, il est photographié, on lui prend ses empreintes et on le questionne sur ses opinions politiques. On invente une inculpation telle qu'obstruction pour l'amener devant le tribunal. Les tribunaux, qui sont des outils de leurs maîtres Tory infligent de sauvages conditions bail : couvre-feu de douze heures, interdiction de sortir du village. Contre les pickets, ils utilisent des chiens et des chevaux pour charger délibérément les hommes. Mon propre neveu fut sauvagement mordu au poignet par un chien, deux de mes fils, aussi, furent blessés. Non satisfait de cela, ils ont attaqué notre petit village en juillet ; ce fut une véritable razzia dans mon propre petit village - Fitzwilliam. Ils attaquèrent des douzaines de personnes, ils cassèrent l'épaule de mon plus jeune fils, le frappant salement à la tête ; il avait quinze marques de matraque sur son dos. Il fut hospitalisé trois jours et souffre toujours de douleurs à la tête et à l'épaule.

Quand Thatcher est arrivée au pouvoir, elle a introduit tous ces pouvoirs spéciaux de police pour maintenir les gens soumis. Nos pères furent des hommes braves en 1926, mais, maintenant, leurs fils et petits fils sont encore plus braves en 1984.

La comparaison minimum entre 1926 et 1984 est qu'en 1926, les gens étaient si pauvres qu'ils ne pouvaient aider financièrement, mais il y avait une grande camaraderie.

Kathleen Doody, 1984


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